Lauréate 2015 du Prix Le Créateur de la Fondation Ateliers d’Art de France, Simone Pheulpin sculpte le textile avec maestria et a fait du pli, son langage. Son ambition ? Faire reconnaître le textile comme un matériau noble.

 

Désignée lauréate 2015 de la deuxième édition du Prix Le Créateur de la Fondation Ateliers d’Art de France, Simone Pheulpin succède à Tzuri Gueta, le lauréat 2012, inventeur de la dentelle siliconée dont l’exposition « Noces Végétales » dans les grandes serres du Jardin des Plantes à Paris, à l’automne 2013 avait connu un succès phénoménal. « Le prix Le Créateur met en lumière la créativité et la modernité d’un artisan d’art, d’un artiste de la matière ou d’une manufacture d’art, ainsi que sa capacité à imaginer un projet d’exposition donnant à voir sous une forme inattendue la singularité et l’excellence de sa démarche » explique-t-on du côté d’Ateliers d’Art de France.

Et pour son projet d’exposition, Pli selon Pli, Simone Pheulpin a déjà une idée précise « j’opte pour un parti pris totalement baroque, qui transforme une chapelle en un véritable kaléidoscope artistique, dans une architecture de miroirs qui s’affranchisse des barrières du temps et de l’espace. En démultipliant le lieu, la présentation ferait littéralement se rencontrer et fusionner mes sculptures d’aujourd’hui et les éléments du passé », commente-t-elle. Le centre de l’édifice sera occupé par un « cristal géant », constitué de plis de miroirs sur lesquels les œuvres textiles trouveront appui. Une formidable opportunité pour le public de porter un regard différent sur les métiers d’art. « En lui décernant, ce prix, reflet d’une démarche et d’un savoir-faire emblématiques, la Fondation Ateliers d’Art de France prend le parti de mettre en lumière une technique personnelle inédite et sans équivalence, dont les possibilités semblent infinies, à la mesure de la créativité de l’artiste », souligne la Fondation.

 

Pour cette artiste atypique, le pli est un langage, son langage. Ses bandes de tissu écru inlassablement empilées, triturées, reliées font naître des sculptures organiques qui racontent la tendresse infinie que la créatrice a pour la nature et transcrivent avec poésie sa vision du monde. Son projet d’exposition Pli selon Pli, retraçant ses 30 ans de travail en autant de pièces aura pour écrin une chapelle baroque en Île-de-France (le lieu exact n’est encore précisé à ce jour), habitée de gisants dont les plis des linceuls viendront en écho des œuvres contemporaines de la créatrice.

Née à Nancy en 1941, la créatrice a beaucoup joué dans des manufactures textiles vosgiennes produisant les tissus utilisés pour la fabrication de pneus automobiles. C’est ce même calicot blanc écru, non décati, qu’elle utilise aujourd’hui. Elle se le procure au mètre et découpe ensuite ses bandelettes aux dimensions requises. Mais pas de dessin pour construire l’œuvre ! Pour ceux qui viendraient à penser que le résultat final de sa création serait le fruit du hasard, cette adorable septuagénaire est catégorique « Je sais ce que je veux », commente-t-elle. En effet, chaque œuvre est l’aboutissement d’un long et lent travail d’empilement, d’enroulage, de pliage, de serrage denses qui compose des structures complexes maintenues en leur cœur par des milliers d’épingles invisibles… Elle n’a jamais fréquenté d’école d’art, ni appris à tailler encore moins à modeler et pourtant, Simone Pheulpin fait preuve d’une maîtrise absolue du volume sculptural.

Son matériau est des plus simples : des bandes de tissu de coton brut. Le résultat est époustouflant ! Ses créations évoquent diverses matières : pierre fossilisée, écorce, coraux, coquillages, ivoire et mettent en scène des formes étonnantes nées de son imagination à moins qu’elles ne soient des réminiscences de souvenirs d’enfance… Ici, les plis se rompent et s’opposent. C’est certainement cette dextérité et cette originalité qui ont séduit le jury de professionnels qui l’a désignée lauréate. « Je voudrais que le textile soit perçu, reconnu comme un matériau noble » conclut l’artiste.