Jusqu’au 2 novembre 2016, le musée Lalique à Wingen-sur-Moder en Alsace, convie le public à découvrir une exposition étonnante mettant en scène la créativité de René Lalique liée aux modes de transport.

Né au temps de la voiture à cheval, déconseillant à son épouse de faire de la bicyclette qu’il considère comme une folie de [son] époque, René Lalique (1860-1945) fera pourtant éclore son génie pour les automobiles, les trains et les paquebots au début du XXe siècle. Bijoutier-joailler et maître-verrier de talent, il a marqué les périodes de l’Art nouveau puis de l’Art Déco par son style unique et reconnaissable entre tous. Il a en effet apporté à la joaillerie des renouveaux imprévus, associant à l’or et aux pierres précieuses des matières jusque-là peu utilisées et peu considérées comme la corne, l’ivoire, l’émail et le verre, puisant son inspiration dans la nature et ayant l’audace d’utiliser le corps féminin comme élément d’ornementation. Toutefois, à l’apogée de sa carrière de bijoutier, on note chez lui un désir profond de consacrer son génie à la verrerie. C’est ainsi qu’après une dernière exposition de bijoux en 1912, il finit par fonder sa manufacture : la Verrerie d’Alsace, à Wingen-sur-Moder en 1921.

C’est ici, dans ce village pittoresque qui abrite l’unique lieu de production de cristal Lalique au monde, que le musée Lalique a ouvert ses portes en juillet 2011. Il donne à voir la création Lalique dans son ensemble, du bijou de la fin du XIXe siècle au cristal actuel, en passant par des flacons de parfum ou des objets décoratifs Art Déco. L’exposition d’envergure de la saison, sobrement intitulée : Lalique et l’art du voyage, convie les visiteurs à découvrir une facette étonnante de la créativité de René Lalique, et peu connue du grand public à savoir ses inventions pour le transport à travers une exposition.

 

Légende : photo : Pot à feu créé par René Lalique pour décorer la salle à manger de la Première classe du paquebot Normandie.<br />© Collection French Lines.
Bouchon de radiateur « Comète » réalisé par René Lalique en 1925. © Studio Y Langlois, collection John Nemeth, Grande-Bretagne.

 

Quand la technologie stimule la créativité

À la fin du XIXe et au début du XXe siècles, trois modes de transport (paquebot, train et automobile), vont connaître un développement considérable. Les contrées jusque-là dites « lointaines » sont désormais accessibles et dans des délais inimaginables quelques décennies plus tôt. Ce qui provoque une émulation saine parmi les inventeurs de l’époque dont René Lalique. Dans le même temps, les entreprises se donnent pour mission de proposer aux usagers un confort à nul autre pareil. Parmi celles-ci, La Compagnie générale transatlantique et La Compagnie internationale des wagons-lits. Très vite, ce qui n’était qu’un moyen de transport, devient un art de vivre, en particulier pour les premières classes. « René Lalique, dont le talent de verrier était déjà reconnu au niveau international, va ainsi contribuer à la décoration des paquebots Paris, Île-de-France et Normandie, avec notamment la création de luminaires » explique Véronique Brumm la directrice du musée Lalique.

En effet, c’est à René Lalique que l’on doit les appliques lumineuses, lustres et autres pots à feu monumentaux de la salle de banquets du paquebot Normandie (1935-1942). Ces œuvres spectaculaires, de grandes appliques murales dépassant les 4 mètres de haut et les pots à feu atteignant plus de 3 mètres, démontées lors de la transformation du paquebot en navire de transport de troupes pendant la Seconde Guerre mondiale, seront rapidement dispersées et perdues. Seuls quelques fragments de ces somptueux luminaires subsistent aujourd’hui, parmi lesquels figurent les prêts exceptionnels présentés dans l’exposition.

Pour les trains, en particulier le Côte d’Azur Pullman Express, René Lalique imagine différents agencements, avec des panneaux décoratifs en verre. Les automobiles séduiront également ce créateur atypique qui créera près d’une trentaine de bouchons de radiateur entre 1925 et 1931. « L’atmosphère raffinée des palaces flottants ou sur rail, de même que la subtile touche artistique apportée par les mascottes en verre, sont autant de thématiques déclinées dans l’exposition Lalique et l’art du voyage » ajoute la directrice du musée Lalique.

 

Légende : photo : Pot à feu créé par René Lalique pour décorer la salle à manger de la Première classe du paquebot Normandie.<br />© Collection French Lines.
Pot à feu créé par René Lalique pour décorer la salle à manger de la Première classe du paquebot Normandie.
© Collection French Lines.