Étoile montante de la création vestimentaire, Anne Valérie Hash a obtenu le Saint Graal : l’entrée dans le cercle très fermé de la haute couture. Discrète, travailleuse acharnée et une patte hors du commun, elle est l’invitée de la Cité de la dentelle et de la mode de Calais.

Prodige de la coupe déstructurée, elle a réinventé un vestiaire féminin qui brouille les codes du genre. Empruntant les fondamentaux des tailleurs masculins, elle crée une mode féminine sobre et très étonnante, mêlant judicieusement les étoffes.

Quinze ans après la vague d’émotion qu’avait suscité sa première collection baptisée « Fillemâle », Anne Valérie Hash savoure son succès avec toute la modestie qui la caractérise. Sa maison éponyme a obtenu le label prestigieux de la haute couture. Enfant, déjà, elle griffonne des carnets, elle décrayonne des idées de vêtements. Mais de son propre aveu, ces dessins ne sont guère beaux. Aujourd’hui, elle est directrice artistique du label Comptoir des Cotonniers.

 

Prodige de la coupe déstructurée, Anne Valérie Hash a réinventé un vestiaire féminin qui brouille les codes du genre en empruntant les fondamentaux des tailleurs masculins. © Fabrice Laroche.
Prodige de la coupe déstructurée, Anne Valérie Hash a réinventé un vestiaire féminin qui brouille les codes du genre en empruntant les fondamentaux des tailleurs masculins. © Fabrice Laroche.

 

Une créatrice essentielle à la scène française

Née à Paris en 1971, Anne Valérie Hash a débuté sa formation à l’école des Arts Duperré en 1991. Quatre ans plus tard, elle sort diplômée de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne. La belle aventure qu’elle vit aujourd’hui a démarré en 2001 lorsqu’elle crée sa marque aux côtés de Philippe ElKoubi. Et dès la première collection couture l’été suivant, baptisée : « Fillemâle », le succès est immédiat. Le thème féminin-masculin devient sa signature. Pas étonnant qu’en 2003, l’ANDAM (Association Nationale de Développement des Arts de la Mode) prime son audace.

En 2007, le livre Moment in Time écrit par Olivier Saillard à la demande de la créatrice, dessine déjà les préludes d’une maison de mode. En juillet 2007, elle défile au calendrier officiel haute couture et obtient le précieux label en janvier 2008. Suivront ensuite : la collection « Mademoiselle » réservée aux fillettes et la ligne AVHASHBY. Entre-temps, elle est faite Chevalier des Arts et des Lettres par la Ministre de la Culture et de la Communication d’alors : Christine Albanel.

En 2014, avant de marquer une pause salvatrice, à plus d’un titre, elle lance sa dernière collection estivale au nom évocateur : « PAUSE ». Elle dévoile ici la vision d’une femme projetée dans un présent accéléré : combinaisons, sweat-shirts et leggings structurés associent microbilles et maille stretch, jersey rétroréfléchissant et dentelles. Et cette année, elle revient en force sur le devant de la scène. L’occasion pour la Cité de la dentelle et de la mode de Calais de lui consacrer la première rétrospective retraçant ses 13 premières années de création sobrement intitulée : Décrayonner.

Il s’agit d’une exploration d’un univers en cours de fabrication. Ainsi, du 1er avril au 13 novembre, le public est invité à découvrir une centaine de pièces vestimentaires uniques, accompagnées de vidéos et documents exclusifs qui révèlent le vocabulaire stylistique de la créatrice et analysent son processus créatif. Cette exposition détaille la création en action d’une couturière qui n’aborde pas le travail de couture par le crayon mais par le ciseau et l’aiguille.

 

Déplacer le smoking ! Magnifique blouse d’organza à manches soufflées plissées. Haute couture - hiver 2008, collection Éléments Maison Anne Valérie Hash © Fabrice Laroche.
Déplacer le smoking ! Magnifique blouse d’organza à manches soufflées plissées. Haute couture - hiver 2008, collection Éléments Maison Anne Valérie Hash © Fabrice Laroche.

 

Il ne sera pas question de croquis ou d’esquisse, mais de vêtements et de toiles. Les pièces sont, à l’exception de prêts du Palais Galliera - Musée de la Mode de la Ville de Paris, extraites des archives personnelles de la Maison Anne Valérie Hash. « Inviter Anne Valérie Hash et sa maison à exposer à la Cité de la dentelle et de la mode à Calais, c’est ouvrir les portes du musée à une couturière qui fait autorité dans son domaine » explique Anne-Claire Laronde, directrice de la Cité de la dentelle et de la mode. Son style, unique, a fait couler beaucoup d’encre et de salive et surtout, inspire le respect. Déconstruire pour mieux reconstruire, tel est le précepte qui lui sied le mieux. Anne Valérie Hash coud les contraires et faufile les opposés. Les noirs et les ivoires, les pôles masculin et féminin, l’envers et l’endroit.

Elle équilibre les notions de modernité et de tradition. Elle déséquilibre les symétries et les volumes et chemine vers la féminité. « On devine dans ses coupés francs et frangés le goût de l’inachevé, dans le non ourlé la trace de l’arrachement. Ses bords laissés à vif voire volontairement effilochés sont une frontière en pointillé entre textile et peau », écrit Sylvie Marot, spécialiste des patrimoines de mode, commissaire d’expositions et auteur, dans le catalogue qui accompagne l’exposition « Décrayonner ».

 

L’art de détourner : Chemise renversée. Été 2002, collection Fillemâle - Maison Anne Valérie Hash © Michelangelo di Battista.
L’art de détourner : Chemise renversée. Été 2002, collection Fillemâle - Maison Anne Valérie Hash © Michelangelo di Battista.